Bruxelles et la Flandre, des sœurs siamoises

Door Johan Van den Driessche op 22 mei 2018, over deze onderwerpen: Français
Aujourd’hui j’ai donné une conférence pour le World Trade Center Association Bruxelles. Vous trouvez mon discours ici.

Cher Président, cher Vice-Président,
Mesdames et Messieurs, en vos titres et qualités,

Je vous remercie pour votre introduction et plus encore pour l’invitation. C’est un véritable honneur pour moi de m’exprimer aujourd’hui devant vous.

Le thème que j’ai choisi est Bruxelles. Bruxelles, cette ville que j’aime et pour laquelle j’ai décidé de mettre entre parenthèse ma carrière dans le monde des affaires. Bruxelles, une Ville-Région qui a grandement besoin de changement pour se préparer aux défis de demain et aux générations à venir.

 

Et oui, j’ose le dire ….  je suis Flamand et je me considère comme un ambassadeur de la Flandre à Bruxelles. Et croyez-moi, ce n’est pas tous les jours facile !  

Je suis né à Bruxelles. J’y ai grandi. Je me sens Bruxellois. Et bien sûr, …. je suis Bruxellois !

Et je dirais même plus encore: je me  considère comme un ambassadeur de Bruxelles en … Flandre.

Mais cela n’est pas non plus toujours évident.  Mais c’est justement la base de mon engagement en politique il y a 4 ans. Ensemble, avec mes collègues au sein de la N-VA – ou non -, nous voulons et nous pouvons faire la différence.  Même si j’ai l’impression que, ces dernières années, Bruxelles n’a toujours pas facilité cette position d’ambassadeur. Mais nous aurons l’occasion d’en reparler aujourd’hui.

 

Alors vous me direz surement : comment apporter ce changement ? Que faire et par où commencer ?

Il est évident qu’on ne pourra pas utiliser une baguette magique pour changer, même en plusieurs années, le fruit de dizaines d’années de mauvaise gestion. Il faudra du temps. Et malheureusement le temps est un luxe que Bruxelles ne peut s’offrir.

 

Les spécialisent vous le diront, les villes se trouvent aujourd’hui à un tournant. Elles assument de plus en plus les fonctions qui étaient autrefois la prérogative d’un pays. La véritable lutte socio-économique ne se livre plus tellement entre les pays mais plutôt entre les villes.

Et c’est d’ailleurs très palpable pour tout un chacun : nos enfants et petits-enfants ne partent pas en Erasmus en France ou en Espagne, mais à Montpellier ou à Barcelone, et il en va de même pour les entreprises et pour les emplois. Sachant qu’il y a environ 600 villes de plus d’un million d’habitants dans le monde, cette lutte sera rude.

 

Bruxelles possède d’énormes atouts, qu’elle doit essentiellement à deux facteurs, qu’elle n’a pas favorisés elle-même et qui ne sont résolument pas éternels : sa position centrale (déjà en baisse) et la présence d’institutions internationales avec, dans leur sillage, de nombreuses fonctions et entreprises internationales. La Flandre a deux moteurs économiques : ses ports et les activités internationales de Bruxelles (à la différence donc de la Wallonie).

C’est pourquoi, selon moi, d’un point de vue socio-économique Bruxelles et la Flandre sont comme des sœurs siamoises. Et vous savez à quel point il est difficile de les séparer. Mais elles deux ne s’en rendent pas forcément compte.

Lorsque nous essayons de répertorier les principaux domaines que Bruxelles doit améliorer d’urgence et de manière durable, nous devons être conscients du fait que ces problèmes peuvent avoir des causes différentes. Les cinq principales sont selon moi les suivantes :

  • La structure de notre Région : il y a 50 institutions politiques dont on pourrait dire – peut-être de manière un peu raccourcie – que 1/3 fonctionnent, 1/3 ne fonctionnent pas et 1/3 dysfonctionnent, voire empêchent carrément les autres de fonctionner !. En outre, tout le monde est compétent, mais nul n’est responsable. Le modèle de leadership – si nous voulions chercher un concept de gestion d’entreprise pour cela – revient au « management by embarrassement ».
  • L’ADN du parti politique dominant prône le laxisme, la politique d'antichambre, le manque de transparence, le népotisme. Vous connaissez certainement tous des exemples sur ce dernier point, mais permettez-moi de citer le plus récent. LeParlement de la Région de Bruxelles-Capitale de vendredi dernier, a décidé d’élargir  le Conseil d’administration du port de Bruxelles  à 20 membres (dont 18 issus du monde politique). Le Conseil d’administration du port d’Anvers, dont nous savons qu’il est plusieurs fois plus petit que Bruxelles parce qu’il est seulement le 2e port d’Europe et abrite seulement le deuxième cluster pétrochimique au monde, compte 12 membres (dont 6 hommes politiques).
  • La politique de la Communauté française, plus précisément en ce qui concerne l’enseignement à Bruxelles et l’intégration
  • Les relations difficiles avec la Flandre.
  • De mauvaises décisions stratégiques. L’erreur est humaine, mais pour certaines décisions, on a parfois l’impression que commettre des erreurs est une obligation. Le fait qu’il y ait environ 1100 mandats politiques à Bruxelles et l’éparpillement en matière de qualité l’expliquera en partie.

Les principaux problèmes de notre Région ne vous sont pas étrangers. Je serai donc concis.

  • Sécurité : plusieurs causes en sont à l’origine.
    • Pour un territoire de la taille d’un mouchoir de poche, nous comptons 6 zones de police, chacune avec ses propres direction et visions , services logistiques, personnel de réserve, centres de connaissances en matière de criminalité, etc. En les fusionnant, nous obtenons:
      • Une uité de direction, ce qui n’est certainement pas du luxe.
      • Une unité de politique en matière de sécurité : elle n’est pas présente actuellement parce que les zones définissent elles-mêmes leurs priorités. Par ex. : la ministre président de notre région  demande aux zones de considérer le trafic de drogues comme une priorité, mais Anderlecht n’y prend pas part et les narcotrafiquants d’autres zones savent donc où aller (par ex. Peterbos).
      • Plus de spécialisation : admettons que nous puissions fusionner les 6 centres de connaissances pour chaque type de criminalité (par ex. trafic d’armes, trafic d’êtres humains) ; quelle augmentation des connaissances n’obtiendrions-nous pas ?
      • Plus d’efficacité : de mon expérience en entreprise, cette fusion doit délivrer 10 à 25 % d’économies. Combien de policiers peut on selon vous ajouter dans les rues grâce à cela ?

Je sais que la plupart des bourgmestres ne sont pas partisans de cette fusion. Ils reprochent que les zones de police reçoivent trop peu de ressources financières, notamment pour les Sommets européens. Mais ils ne précisent pas que la répartition et l’allocation de cette dotation fédérale sont effectuées par le Gouvernement de notre Région de Bruxelles-Capitale. Sur cette dotation fédérale de 55 millions €, le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale affecte seulement 3,3 m € aux Sommets européens – vous entendez ? bien ; que 3,3mde 55 m € et par ailleurs 5 m € à un centre de lutte contre la drogue et 3 m € à des installations sanitaires et fontaines d’eau potable dans les stations de la STIB. Et l’on parle de fixer priorités.

Je sais que la plupart des bourgmestres ne sont pas partisans de cette fusion et disent que ceci se fera au détriment de la proximité avec le citoyen. Curieux, car New York, Paris, Londres, etc. ne comptent qu’une seule zone. J’ai le sentiment que les bourgmestres ne se soucient pas tant de la proximité de la police avec le citoyen, mais plutôt de la leur avec la, ou plutôt « leur » police.

Une autre cause du problème de la sécurité est l’ADN du parti politique dominant de notre Région.

Il y a peu de coopération par rapport au Partenariat local de Prévention. Il s’agit de partenariats entre la police et des quartiers en charge du contrôle social. Anvers compte pas moins de 52 de ce partenariats. Notre Région – qui est deux fois plus grande – n’en compte que 8, dont aucun dans Bruxelles-ville.

Et quand les administrateurs de ce parti laissent à l’abandon des immeubles à appartements dans les différentes sociétés de logement, il ne faut pas s’étonner – sans pour autant approuver – que les gens dans ces appartements de Peterbos par exemple se découragent.

 

  • Propreté : les compétences ont été réparties sur 20 acteurs (la Région et 19 communes) et p.e.  la ville de Bruxelles compte ainsi deux types de poubelles : celles de la Région et celles de la Commune. Ces dernières années, Bruxelles Propreté a enchaîné les condamnations. La plus récente remonte à la semaine dernière, pour concurrence déloyale et aides d’État interdites, avec une condamnation de la Région de ne plus allouer 20 % de la dotation à Bruxelles Propreté. La gestion de Bruxelles Propreté est en outre très problématique. Elle est déficiente en matière d’organisation du travail et de comptabilité, d’efficacité, de collaboration avec les communes. Ici aussi, il faut simplifier les structures bruxelloises, stopper cette gestion partisance et nommer un Crisis Manager capable de d’aborder le problème de la propreté dans son ensemble. Les problèmes en matière de mobilité sont également bien connus. Ici aussi, plusieurs causes sont à la source de bien des soucis : il y a la fragmentation des compétences sur 20 acteurs et il y a l’ADN du parti dominant qui, soutenu par un partenaire de coalition, se met en travers de chaque concertation raisonnable avec la Flandre en matière de mobilité transrégionale, bien que la concertation préalable bilatérale entre les ministres Smet et Weyts entraîne des accords de principe. Et le fait que l’aile gauche dominante accorde trop peu d’attention au rôle économique joué par Bruxelles n’aide pas non plus Bruxelles à progresser. Car soyons clairs : la région et la ville peut et doit réduire le nombre de voitures, mais interdire ces dernières sans que des alternatives économiquement justifiées soient disponibles et qu’il existe un encadrement en la matière (comme les travaux nécessaires à certains carrefours et axes de communication cruciaux) revient à scier la branche économique de l’arbre sur laquelle la population bruxelloise est assise.
  • Un autre problème pressant est le niveau vertigineux du chômage des jeunes causé par le bilinguisme insuffisant et la trop grande quantité de jeunes quittant l’école sans diplôme. Malgré la baisse de ce chômage des jeunes ces dernières années, il n’existe aucune raison justifiant de rester les bras croisés parce que la réponse à ce taux de chômage élevé doit venir de la politique.
    • Il faut consacrer davantage d’attention à l’économie, et j’entends surtout par là l’économie réelle, et non les emplois fictifs.
    • Un point plus important encore est que la Communauté française élève de façon drastique la qualité de son enseignement. Et permettez-moi de lui donner deux conseils provenant de professeurs francophones qui ont étudié il y a environ 5 ans la raison de la sous-performance de l’enseignement francophone :
      • Veiller à des objectifs finaux d’éducation clairs et détaillés ; prônez un quick win et reprenez ceux de la Flandre (ce ne sont pas mes propos, mais ceux des professeurs d’université).
      • Donner plus de liberté aux directeurs d’école, notamment en matière de recrutement d’enseignants.
  • Enfin, je place sur ma liste l’« insertion », ou le manque d’insertion. Trop d’habitants, même de nouveaux Bruxellois, continuent à vivre dans un autre monde qui les pousse, eux et leurs enfants, dans la pauvreté et fait en outre pression sur la cohabitation avec les Bruxellois. La gauche francophone de Bruxelles a trop tardé à prendre au sérieux l’intégration de ces personnes. Et même maintenant que la décision a été prise de prôner un trajet d’intégration obligatoire, on tarde à libérer les fonds nécessaires à cet effet, ceci alors que la migration connaît des pics sans précédent. Cette attitude est irresponsable envers les gens, envers les Bruxellois et envers le reste du pays.

Mesdames et messieurs, en résumé, mon message est le suivant :

Nous devons réaliser le changement à Bruxelles pour permettre à Bruxelles et ses habitants d’exploiter au maximum tous les atouts de notre Ville-Région

  • C’est pourquoi Bruxelles a besoin d’une approche flamande. Il n’y a plus de place pour l’ADN du parti politique dominant.
    • Je ne veux plus entendre un bourgmestre de la ville de Bruxelles dire qu’il refuse un audit des comptes de la ville parce que le résultat peut avoir un impact négatif sur la notation des banques de la ville.
    • Je ne veux plus entendre qu’on dénigre Bruxelles parce qu’on accuse un échevin d’être responsable politiquement et financièrement d’une ASBL de la ville où le frère de l’échevin est CEO.
    • Je ne veux plus entendre qu’on est un faux Bruxellois parce que l’on annonce que le parking C est loué pendant 99 ans à 99 € (vous entendez bien, ça fait 1 € par an) alors que la valeur marchande estimée de ce bail est de 90 millions €.

Je ne crois pas que le changement puisse venir d’un parti qui fonctionne depuis des dizaines d’années avec un tel ADN.

  • Il faut une simplification radicale des structures de Bruxelles :
    • Les 19 communes doivent fusionner avec la Région.
    • Il faut créer de la proximité en créant, selon le modèle de Paris et d’Anvers, des arrondissements aux compétences limitées et sous l’autorité de la Région. Ces arrondissements coïncident de préférence avec ceux des communes actuelles, mais en examinant si cela est indiqué pour Laeken, Neder-over-Heembeek et Haren ; et éventuellement apporter quelques corrections mineures par ailleurs.
    • Les 6 zones de police doivent fusionner en une seule zone de police, en maintenant et en élargissant la fonction de proximité.
    • Les deux grandes communautés de ce pays doivent rester actives à Bruxelles pour les matières personnalisables. Notre Ville-Région doit continuer à jouer le rôle de synthèse entre ces deux Communautés et ceci responsabilise également ces deux Communautés sur le plan financier pour ces matières. D’ailleurs, la Région n’offre à ce jour aucune garantie qu’un transfert de compétences vers elle entraînerait un meilleur fonctionnement.
  • Il faut lancer et exécuter au plus vite dans notre Ville-Région un parcours d’intégration obligatoire pour tous les immigrés hors de l’UE.
  • La Communauté française doit prendre ses responsabilités concernant son enseignement à Bruxelles. Le Gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale doit exercer au besoin la pression nécessaire à cet effet.
  • Le rôle d’une économie saine, mais aussi le rôle international et de fonction de capitale du pays doit récupérer l’attention nécessaire pour faire de notre Ville-Région une région prospère.
  • Enfin, il faut normaliser les relations avec la Flandre.

Mesdames et Messieurs, l’ADN de mon parti n’est pas le blocage, mais le changement, comme cela a eu lieu en Flandre et au Fédéral. Naturellement, au niveau fédéral, on pouvait changer plus encore, le parti en est conscience. Par ailleurs, le Plan-Canal du ministre Jan Jambon a déjà représenté plus jusqu’à présent pour la Zone-Canal en matière de sécurité durable du Bruxellois que toutes les initiatives réunies prises par Bruxelles ces dix dernières années.

Les véritables détracteurs de Bruxelles ne sont pas ceux qui effectuent l’analyse, mais ceux qui ont fait en sorte que Bruxelles soit ce qu’elle est aujourd’hui, et ceux qui se mettent en travers de solutions et empêchent donc l’exploitation optimale des nombreux atouts de Bruxelles.

Mesdames et Messieurs, notre but commun doit être le suivant : être en sécurité chez soi, dans une Bruxelles prospère.

Je vous remercie pour votre attention.

 

 

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